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Les Invités

Anne attendait ses invités dans le jardin. 

Elle regardait autour d’elle et se sentait provisoirement contente. C’était un jardin abondant, réussi. Coupé de l’extérieur par de hauts murs de brique, qui étaient eux-mêmes à moitié cachés par un périmètre de grands chênes et d’ormes, il abritait une impressionnante diversité florale. walledgarden[1]Anne, qui admirait peu ses parents, concédait qu’ils avaient de bon goût où il s’agissait des plantes. Elle avait un faible pour un petit carré de myosotis juste en face d’elle qui étaient, cet après-midi-là, au comble de leur splendeur. Plairaient-ils aux invités ? 

Elle avait préparé des biscuits un peu étranges, qui attendaient comme elle, sur une petite table de fer forgé à son coude. La recette voulait trop de beurre, elle songeait maintenant—ils étaient plats et bruns vers les bords, blancs, mous et crevassés au milieu. Il était trop tard pour recommencer et en faire de plus jolis.

Peu à peu la beauté, la quiétude du jardin commençaient à l’agacer. Elle se sentait ridiculisée par l’efficacité des chênes qui laissaient passer quelques brillants rayons de soleil ici et là sur les carreaux (comme pour faire rappeler la chaleur insupportable qui remplirait le jardin s’ils n’exécutaient pas aussi bien leur boulot) et par le moineau qui piquetait insouciamment des miettes de ses biscuits étranges qui traînaient sur la table de fer forgé. Continue Reading »

« J’avais envie de répondre à Nayadja Aghatourane, de hurler à travers la nuit chaude que l’étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance, mais je restais bouche close, et j’attendais. »

Je me suis sentie soudain capable d’entrer dans la logique de Des Anges Mineurs d’Antoine Volodine au 22ième chapitre (narré par le persona de Will Scheidmann), en lisant sa dernière phrase, citée en haut. Présents dans cette citation sont deux éléments essentiels du livre de Volodine : d’abord, on y trouve une sorte d’explication théorique de anges%20mineursl’esthétique de l’œuvre : « l’étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance ». Deuxièmement, le fait que Scheidmann reste « bouche close », malgré son « envie » de communiquer, est emblématique de l’isolement de chaque individu du roman, et plus généralement de l’échec inévitable, sans exception, de tous rapports humains dans le monde de la littérature « post-exotique » de Volodine.

Ce monde, qu’on peut supposer être une version futur du nôtre, est décidemment post-beau—partout il est question de poussière, pourriture, maladie, haillons, obscurité, infestions d’insectes. C’est un monde infertile ( « presque plus aucun enfant ne naissait » (188)), où Will Scheidmann (si on ne compte pas ses grand-mères qui l’ont créé) est seul à être encore capable de la production, quand il formule ses « narrats étranges » (200). Alors, si la beauté lui est défendu, au lieu de sombrer dans la laideur, il choisit « l’étrange »—une sorte de beauté vue de biais. Bien sûr, il faut distinguer ici entre Volodine et Scheidmann—Scheidmann (pour qui il n’est pas clair jusqu’à quel point il est un vrai inventeur, ou n’est qu’un « medium » à travers qui ces narrats peuvent passer) laisse entendre qu’il n’avait pas de recours au beau, alors la nature étrange de la forme et la matière de ses narrats lui est imposé. Mais l’auteur de Des Anges Mineur, trouve-t-il qu’un auteur de nos jours ne peut s’approcher de la beauté que par l’asymptote de l’étrangeté ?

Il me semble que Volodine, en créant un monde qui n’est plus comme celui que nous connaissons, a néanmoins créé des personnages qui sont exactement comme des personnes que nous connaissons tous. Ses personnages sont des humains comme nous, attrapés sur une planète qui n’est plus adaptée à leur survie. Volodine, voit-il que les écrivains d’aujourd’hui dans un cas similaire—en voie de disparition s’ils ne trouvent pas autre chose ? Il est fort probable que Volodine, qui essaie d’inventer une nouvelle forme de littérature, trouve que la littérature doit se réinventer, ou ne pas survivre.

Manet Van Montfrans, dans son article « François Bon et la mécanique de la langue », offre la synthèse suivante de Mécanique, le « récit » écrit par Bon en 2001, suivant la mort de son père : « Mécanique est l’histoire d’une filiation somme toute heureuse, l’inventaire d’un riche héritage » (Van Montfrans, 172). L’estimation de Van Montfrans est largement correcte ; ce livre qui, en quelque sorte, inventorie le monde enfantin de l’auteur, 2864323400[1]avec un accent particulier sur la figure du père, dépeint avec une forte dose de nostalgie les souvenirs d’une enfance dont Bon semble être fier. Mais je le trouve trop réducteur de lire Mécanique comme un tribut au père et rien d’autre. Le livre est d’une part, certes, un hommage au père et à « l’univers » (M, 42) mécanique qu’il incarnait, maintenant en voie de disparition, mais il est d’autre part une interrogation, parfois douloureux, de ce que je vais appeler « la communicabilité » du passé, et de la communication en général. Nous ne devons pas, à mon sens, mettre trop d’accent sur les liens père-fils établis par l’auteur, et laisser de côté la gravité des ruptures générationnelles explorées dans le texte. Continue Reading »

Welcome!

Welcome to L’Avouable, a bi-lingual web review of French literature and film.

I hope these essays, reviews, excerpts and works of fiction will be of enjoyment, and will in some way provide insight into that which literature (whatever is meant by that!) tries ever so hard to offer. To Proust’s narrator, art was “une realité plus vaste,” was “ce qu’il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier.” And who can argue with Proust?

Why “avouable”? To be perfectly honest, the name “l’avouable” was brought to mind by a fortuitous glance to my left a few days back, as I sat at my fiancé’s desk, where Patrick de Saint-Exupéry’s account of France’s role in the Rwandan genocide, titled L’inavouable, awaited perusal. “Inavouable,” I thought, now that’s a word with some meat on its bones—but what about its opposite?

So why “avouable”? Because writing is often one part confession—what one is willing to admit to, to put to paper, to “avow.” Even writing about other people’s writing (what a presumptuous thing to do, after all!) leaves one feeling rather exposed. But an author must come to view his work as avouable, or else it would never see the light of day. No?

Avow your own work by contributing to L’Avouable. Please contact lavouable[at]gmail.com.

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