Anne attendait ses invités dans le jardin.
Elle regardait autour d’elle et se sentait provisoirement contente. C’était un jardin abondant, réussi. Coupé de l’extérieur par de hauts murs de brique, qui étaient eux-mêmes à moitié cachés par un périmètre de grands chênes et d’ormes, il abritait une impressionnante diversité florale.
Anne, qui admirait peu ses parents, concédait qu’ils avaient de bon goût où il s’agissait des plantes. Elle avait un faible pour un petit carré de myosotis juste en face d’elle qui étaient, cet après-midi-là, au comble de leur splendeur. Plairaient-ils aux invités ?
Elle avait préparé des biscuits un peu étranges, qui attendaient comme elle, sur une petite table de fer forgé à son coude. La recette voulait trop de beurre, elle songeait maintenant—ils étaient plats et bruns vers les bords, blancs, mous et crevassés au milieu. Il était trop tard pour recommencer et en faire de plus jolis.
Peu à peu la beauté, la quiétude du jardin commençaient à l’agacer. Elle se sentait ridiculisée par l’efficacité des chênes qui laissaient passer quelques brillants rayons de soleil ici et là sur les carreaux (comme pour faire rappeler la chaleur insupportable qui remplirait le jardin s’ils n’exécutaient pas aussi bien leur boulot) et par le moineau qui piquetait insouciamment des miettes de ses biscuits étranges qui traînaient sur la table de fer forgé. Continue Reading »
l’esthétique de l’œuvre : « l’étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance ». Deuxièmement, le fait que Scheidmann reste « bouche close », malgré son « envie » de communiquer, est emblématique de l’isolement de chaque individu du roman, et plus généralement de l’échec inévitable, sans exception, de tous rapports humains dans le monde de la littérature « post-exotique » de Volodine.
avec un accent particulier sur la figure du père, dépeint avec une forte dose de nostalgie les souvenirs d’une enfance dont Bon semble être fier. Mais je le trouve trop réducteur de lire Mécanique comme un tribut au père et rien d’autre. Le livre est d’une part, certes, un hommage au père et à « l’univers » (M, 42) mécanique qu’il incarnait, maintenant en voie de disparition, mais il est d’autre part une interrogation, parfois douloureux, de ce que je vais appeler « la communicabilité » du passé, et de la communication en général. Nous ne devons pas, à mon sens, mettre trop d’accent sur les liens père-fils établis par l’auteur, et laisser de côté la gravité des ruptures générationnelles explorées dans le texte.